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Prise en charge d’une ÉPIDÉMIE DE ROUGEOLE
La rougeole est une infection virale aiguë extrêmement contagieuse qui touche principalement les enfants, et pour laquelle il n’existe aucun traitement spécifique. Elle se manifeste par une éruption cutanée fébrile associée à des signes d’infection respiratoire.
Agent infectieux
La rougeole est due à un paramyxovirus (virus morbilleux), dont le réservoir est exclusivement humain (personnes infectées, y compris asymptomatiques). 24 génotypes répartis en huit clades (désignés par les lettres A à H) sont actuellement connus. Leur répartition est variable selon les régions. Dans les pays endémiques, la majorité des cas sont dus à un ou plusieurs génotypes endémiques répartis géographiquement, avec de multiples lignées Co circulant au sein du ou des génotypes endémiques. Dans les régions où la rougeole est très bien contrôlée, la réintroduction d’un cas entraîne généralement des flambées associées à un seul génotype de virus. La caractérisation moléculaire des virus de la rougeole permet d’en identifier l’origine, de surveiller leur circulation et toute modification du génotype. Elle est indispensable pour documenter l’impact des programmes de lutte contre la rougeole au plan mondial.
Transmission
La transmission se fait principalement par contact direct avec des sécrétions du nez ou de la gorge et par voie aérienne. Les gouttelettes émises par le sujet infecté contaminent le sujet indemne en pénétrant les muqueuses nasales, buccales, laryngées ou conjonctivales. Le virus peut rester en suspension dans l’air pendant plus de 2 heures, mais survit peu de temps sur les objets et les surfaces. La période de contagiosité débute 3 à 4 jours avant l’apparition de l’éruption cutanée et persiste jusqu’à 5 jours après le début de l’éruption. Elle peut être plus longue chez les sujets malnutris ou immunodéprimés. La rougeole est très contagieuse. On estime que son taux de reproduction de base R0 est compris entre 12 et 18 (c’est-à-dire qu’un individu atteint de rougeole aigue peut être à l’origine de 12 à 18 cas secondaires dans une population de susceptibles), celui-ci pouvant varier selon le contexte.
Immunité naturelle
L’immunité peut être acquise naturellement (en contractant la maladie) ou par la vaccination. Chez le sujet contaminé, les anticorps immunoglobulines M (IgM) peuvent être détectés dès l’apparition de l’éruption et persistent pendant environ un mois. Les immunoglobulines G (IgG apparaissent quelques jours plus tard et restent détectables à vie. L’infection naturelle entraîne donc une protection à vie.
C’est l’activation de la réponse immunitaire qui permet l’élimination du virus lors de la maladie. Cette activation provoque, paradoxalement, la perte de l’immunité préexistante contre des pathogènes rencontrés précédemment, connue sous le terme d’amnésie immunitaire, laissant le patient réceptif aux infections.
Ce sont principalement les lymphocytes mémoire qui sont altérés et le répertoire d’anticorps est alors significativement réduit puis il va se reconstituer au gré des expositions infectieuses ou de la vaccination. Ce déficit temporaire est majeur les premiers mois puis, au fil du temps, le système immunitaire se rétablit et le patient regagne progressivement sa capacité à se défendre contre d'autres infections pendant les 2 à 5 ans qui suivent. Refaire les vaccinations pour les autres antigènes semble donc être nécessaire en post rougeole mais les modalités (nombre de doses, calendrier) sont encore à l’étude. L’amnésie immunitaire explique l’augmentation de la morbidité et de la mortalité post- rougeole constatée depuis longtemps, et largement documentée. Il est important de noter que le vaccin contre la rougeole n'induit pas ce phénomène.
Vulnérabilité
Les anticorps maternels, transmis via le placenta et le lait maternel, protègent les nourrissons durant les premiers mois de vie puis disparaissent progressivement vers l’âge de 6 à 9 mois. Après disparition des anticorps, tous les enfants deviennent « susceptibles », c’est-à-dire à risque de développer la maladie en cas de contamination. C’est la probabilité de contact avec un sujet atteint de rougeole qui déterminera l’âge de survenue de la maladie. La couverture vaccinale, le taux de natalité, la promiscuité et la densité de la population sont donc des facteurs essentiels.
Classiquement, dans les pays où la couverture vaccinale est faible et le taux de natalité élevé, les enfants de moins de 5 ans, et plus spécifiquement de moins de 3 ans, sont les plus touchés, alors que si la couverture vaccinale augmente, l’âge moyen de l’infection rougeole peut se déplacer vers les adolescents ou les jeunes adultes. Une petite proportion des personnes vaccinées ne développera pas d’immunité à la première dose de vaccin administrée. Si la vaccination est réalisée à 9 mois, seuls 85% des enfants sont protégés et 15% sont considérés comme non répondants d’où l’intérêt de la seconde dose de vaccin plus tardive.
En l’absence d’une seconde dose, ces personnes dites non répondantes seront toujours à risque de développer la maladie en cas de contamination.
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